La Sibylle

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Un court récit qui permet de se plonger dans l'ambiance du Pic de la Baie Blanche. Frère Kleïos est témoin d'un fait qui marquera sa vie.

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Un court récit pour SierrElben écrit par Kelem et téléchargeable en fin d'article




    D’un pas traînant, Kleïos Nerea-Tal sortit de sa cellule creusée dans la roche, et prit le grand couloir menant à la Bibliothèque. Il traversa de nombreuses galeries parsemées de décorations, bas-reliefs gravés dans la pierre calcaire, ou bien dessins tracés à la hâte par quelque moine fantaisiste. Les yeux endormis, il s’aida de la main pour avancer à travers les couloirs. A un croisement, une voix bien connue le héla. « Bien le bonjour, Frère Kleïos. Avez-vous bien dormi ? » Il releva la tête pour voir Frère Vendel se diriger lui aussi vers le lieu de recueillement. Il grommela. «Difficilement. J’avoue ne pas m’être encore totalement habitué à votre élixir. » Vendel partit d’un rire gras et sonnant. « Ah ! Frère Kleïos ! Vous  n’êtes pas parmi nous depuis bien longtemps ! Vous verrez bien vite que notre saint élixir peut vous permettre d’atteindre une érudition insoupçonnée ! » Le grand moine s’éloigna vivement, toujours riant aux éclats, avec sa tenue bicolore, sans doute originaire des Deux-Duchés. Kleïos soupira, puis sourit.
Voilà trois mois qu’il était enfin rentré dans la confrérie des Moines de la Baie Blanche, le rêve de sa vie d’itinérant, pour pouvoir accroître ses connaissances sur les terres d’Elben. Cela valait bien le fait de devoir supporter les sympathiques moqueries de Frère Vendel sur sa mauvaise résistance au célèbre élixir. Mais les prophéties plus ou moins hasardeuses de ses adeptes, ce n’était pas son objectif. Depuis qu’il était parti de Charmille, lassé des querelles incessantes avec les autres villes de l’Empire, avec Vérée, ou avec Oal – qui sait jusqu’à quand resteront-elles soudées ? - il avait enfin découvert un but à son existence. Il était parti de chez lui, au mépris du danger, et découvert de nouvelles contrées. Sans trop s’expliquer comment il a pu survivre aux prédateurs, humains ou animaux, il avait passé quelques semaines avec les primitifs Necto’Ra, et il avait réussi à pousser jusqu’aux duchés impériaux reculés, Posnie et Kossar, bien heureux de voir arriver un nouveau visiteur venu du Trône-Monde. Revenu, en ayant rejoint une caravane à travers le Cercle des Invaincus, il était enfin arrivé au Pic de la Baie Blanche, respirant la paix et le bouillonnement intellectuel. Quelqu’un l’attrapa par le bras. « Frère Kleïos ! Avez-vous appris la nouvelle prophétie de Frère Dek ? » Il tenta d’écarter les volutes brumeuses de son esprit pour se rappeler qui était Frère Dek et s’il l’avait déjà rencontré. Il bredouilla à son interlocuteur qu’il n’avait pas reconnu : « Hum… je crains que non. » L’autre moine, un sourire éclatant aux lèvres, poussa lui aussi un grand éclat de rire. « Il a vu l’Empire-Monde illuminé de grandeur ! Il a vu les Templiers accueillis comme des héros à Tanis ! L’Unification est en marche, Kleïos ! Bientôt, Elben tout entier sera en paix ! Allez, Frère, rejoignez-nous vite à la salle d’étude pour écouter son exposé ! » Il s’arrêta et regarda le moine s’éloigner à toute vitesse d’un pas guilleret. Et voilà, encore une nouvelle prophétie à mettre au compte de la Baie Blanche. Une de plus sur la ligne des prédictions interminables. Qui, bien souvent, ne se réalisent d’ailleurs pas. Mais celle-là était d’une telle originalité… Vérée, la Ville-Monde, en passe de dominer l’ensemble des terres d’Elben ? La belle affaire ! Pas la peine de rentrer à l’Abbaye pour le deviner. Mais c’est une occasion de mieux connaître la communauté. Il se rendit donc, en délaissant le chemin vers la Bibliothèque, jusqu’à la salle d’étude, où une bonne quarantaine de moines s’entassaient déjà autour du Frère Dek.

***

Penché sur son écritoire, Frère Kleïos regarda par la fenêtre en levant les yeux de son parchemin. De là, tout en haut des grottes du Pic de la Baie Blanche, il pouvait apercevoir la côte d’Elben, battue par les Vents. Des Vents qui soufflaient sur les terres depuis l’origine du Nord-Continent, ou tout du moins, c’est ce que les archives de l’Abbaye prétendaient. Perdu dans ses pensées, en pensant à ce que pouvait bien faire son frère à cette heure-ci dans les rues de Charmille, il ne s’aperçut que la brise ne s’était transformée en bourrasque que lorsque son manuscrit vola à travers la pièce, et que la fenêtre se referma d’un coup sec. Drôlement agité aujourd’hui, pour un Vent d’ouest. Il reposa L’Histoire des origines de Vérée, de Dios Menenla, sur sa table et se posa devant les petites vitres de cette salle restreinte de la Bibliothèque. Autour du Pic, la mer jetait ses petites vagues sur le sable de la côte, des petites vagues de plus en plus nombreuses. Il repensa alors au discours de Frère Dek. Peut-être que bientôt, Vérée et les Templiers appareilleront pour aller au-delà des mers ? Au-delà de la Jungle… Il se replongea bien vite dans la lecture de son document, et dans la création du Duché de Posnie.

***

Le soir venu, il ressortit épuisé de la Bibliothèque, mais satisfait après une journée entière consacrée à l’étude. Là où d’autres moines préféraient l’élixir de la Baie, il trouvait largement son contentement parmi les milliers d’ouvrages que comportait l’Abbaye. Les moines devraient plus s’intéresser aux trésors que renferment leurs murs, plutôt qu’aux découvertes hasardeuses contenues dans leurs salles d’alchimie.
Comme tous les jours depuis quelques semaines, Frère Kleïos avait pris l’habitude de descendre au pied de l’Abbaye, pour aider les moines consacrés à l’accueil des miséreux, venus demander asile à la Baie, pour échapper aux dangers de plus en plus nombreux qui attendaient les voyageurs sur les routes du continent. Lorsqu’il descendit rejoindre Frère Dalebart, une étrange agitation régnait parmi la populace. Kleïos vit un spectacle désormais bien connu : une foule de pauvres gens, très sales, souvent infirmes, aux vêtements débraillés, criaient famines auprès des moines débordés. Certains, grièvement blessés, semblaient ne pas devoir passer la nuit, et il se demandait même comment ils avaient pu arriver vivants jusqu’à l’Abbaye. Il vit un vieillard borgne tenter de récupérer une louche de la soupe préparée par Frère Dalebert, mais trébucher sur une souche et répandre sa nourriture sur le sol. Ses sanglots furent couverts par les cris réprobateurs des autres suppliants devant le gâchis de nourriture. Mais cet incident parut être ignoré de tous comparé à l’attroupement qui s’était formé autour du portail d’entrée à l’Abbaye, qui donnait sur la Baie Blanche et sur l’étroit passage de terre vers la côte. Des cris retentissaient et Frère Kleïos s’approcha. Il prit une expression horrifiée lorsqu’il vit qu’il s’agissait d’une femme, rouée de coups par un groupe d’hommes mûrs et même de vieillards. Il appela à l’aide les autres moines, avant que la maigre femme ne finisse par mourir d’une commotion. Saisissant au passage d’étranges insultes de la part de la populace – « démente ! », « sorcière ! », « menteuse ! », sans parler des « sens-la-pisse ! » et autres « salope ! » – il aida ses Frères à la transporter à l’intérieur et dans une des cavités du rez-de-chaussée dédiée aux soins d’urgence. Dans ses bras, la femme murmurait des paroles incompréhensibles, et, bientôt, s’évanouit.

***

Kleïos rentra discrètement dans la salle d’étude, où les conversations bruissaient déjà de l’événement de la fin d’après-midi. Apparemment, Frère Dalebert avait jugé bon d’en informer toute la Confrérie ; et cela recouvrait suffisamment d’importance pour provoquer une réunion fortuite des moines, à une heure où la plupart d’entre eux étaient en train de dormir avachis, ou bien de s’adonner aux « visions prophétiques » de l’élixir. Il est vrai que jamais auparavant, en tout cas de mémoire des moines les plus vieux, un tel esclandre ne s’était produit à l’Abbaye. Les miséreux qui venaient demander l’aumône aux érudits gardaient toujours un comportement, sinon respectueux, au moins maîtrisé, en ce lieu réputé et admiré à travers tout le Nord-Continent. Et ce n’était pas la première fois que quelqu’un d’un peu pressé tentait de dépasser la file d’attente, ce qui était probablement arrivé tout à l’heure, de l’avis de beaucoup, mais sans jamais avoir provoqué de telles réactions. Un moine fut d’avis qu’il ne fallait absolument pas que cet incident soit révélé au Trône-Monde, car la réputation de l’Abbaye était en jeu. « Malheureusement, beaucoup des traine-savates de tout à l’heure sont repartis, voyant qu’on avait accueilli cette bonne femme dans nos murs » répondit Frère Vendel, usant de sa gouaille autant dans les discussions de couloir que dans les réunions solennelles. «Alors l’incident sera connu dans tout le continent. Quel malheur s’abat sur nous ! Mais pourquoi a-t-elle provoqué cette pagaille ? » Se lamenta le premier. « Malheureusement, Frère Geteal, cette femme est encore inconsciente à l’heure qu’il est, et nous ne pouvons en savoir plus tant qu’elle ne se sera pas réveillée. Et personne n’arrive à comprendre les murmures indistincts qu’elle profère dans son sommeil. Nous l’avons montée dans les dortoirs, pour qu’elle soit plus à son aise. » Frère Kleïos avait déjà deviné se qui allait se dire dans les minutes qui allaient suivre. Et lui ne se trompa dans sa prédiction. « Cette femme est la cause de ce problème, pourquoi donc l’avons-nous accueillie dans nos murs ? » «L’Abbaye a toujours accueilli ceux qui avaient besoin de son aide ! Vous n’êtes plus d’accord avec nos principes, Frère Geteal Tiranok-Tir ? » Après une dizaine de minutes, Kleïos sortit de la pièce tout aussi discrètement, en poussant un soupir las. Il gravit rapidement les marches de l’escalier central.

***

En avalant les marches de l’Abbaye, il se demanda bien ce qu’il était en train de faire. Il ne connaissait bien sûr pas cette femme, et il était tellement habitué à côtoyer la pauvreté depuis ces quelques semaines que son état physique n’aurait pas dû autant l’alarmer. Pourtant, il ne pouvait s’enlever de l’esprit le visage de la nouvelle arrivante, qu’il avait transportée jusqu’à la cavité des premiers secours. Les cheveux en désordre, gonflés par les Vents qui soufflaient de plus en plus fort lors de son arrivée, elle avait les yeux fous, un regard tel que jamais Kleïos n’en avait vu. La seule vision qu’avait le moine était celle du blanc de ses yeux révulsés, et celle du vert froissé de ses pupilles dilatées. Il avait l’impression qu’il ne pourrait plus jamais relire un parchemin sans voir ce mélange étrange de couleur, qu’il lui semblait n’avoir jamais perçu dans les yeux d’un Elbenite. Il arriva, après quelques étages, jusqu’à l’entrée des dortoirs. Il entra, et repéra toute de suite le lit de la femme, auprès de laquelle Frère Dontos s’affairait. «A-t-elle repris connaissance ? » demanda Kleïos. « Non » répondit le soigneur. Il avait la mine sombre et fermée. « Il y a un problème ? » Il ne répondit pas tout de suite. Il enleva l’éponge mouillée avec laquelle il lui rafraîchissait le front, et la jeta vivement dans le broc de pierre, posé à côté du lit. « Cette femme nous attirera des ennuis ! Elle est bizarre ! Frappée par une douzaine de personnes, et souffrir à peine d’ecchymoses ! Ce n’est pas normal ! ». Kleïos tenta de détendre son Frère guérisseur. « Allons, Dontos ! Vous n’allez pas vous mettre à croire à la magie comme les bonnes femmes de Vérée ! Les enseignements de l’Abbaye devraient vous préserver de ces mauvaises pensées. » Il eut une moue dubitative. « Je ne parle pas de magie, Kleïos. Je suis ici depuis bien plus longtemps que vous, et ce n’est pas quelqu’un comme vous qui me rappellerez les préceptes de cette Abbaye. Non, je parle d’un mauvais pressentiment. Vous ne voyez pas comment soufflent les Vents depuis quelques semaines ? » « Une annonce d’un automne maussade, rien de plus, Frère Dontos. Du haut de cette Abbaye, on sent plus les mouvements parfois capricieux des Vents, vous le savez bien ». Dontos se releva brusquement. « Ne jouez pas au plus malin avec moi Kleïos. Tout jeunot que vous soyez, vous n’êtes pas un imbécile. Vous aussi vous êtes anxieux. Je le vois à vos mains qui se tortillent. Qu’est-ce que vous voulez ? Tenter de parler à cette folle ? Hé bien, ne vous gênez pas, je ne pourrais rien faire d’autre de toutes façons ! Allez-y ! Moi je descends au réfectoire, je n’ai rien mangé depuis ce midi à cause de cette… » Il s’arrêta, et eut un mouvement de dépit. Il lâcha son torchon, et sortit en claquant la porte.
Kleïos resta seule avec la femme, allongée. Personne n’était monté aux dortoirs ce soir, et il avait le sentiment que personne n’y monterait tant que celle-ci restera allongée, au milieu des lits simples et correctement rangés. Dehors, le Vent soufflait vraiment fort à présent, et le moine l’entendit hurler, à travers les interstices de bois de la fenêtre. A cette époque de l’année, il est vrai que cela était étonnant. Les tempêtes n’étaient pas monnaie courante sur cette partie-ci de la côte elbenite, mais les Vents redoublaient de puissance, depuis bientôt presque deux mois. Il s’assit sur le lit à côté de la femme, qu’il pût étudier de plus près. En le voyant endormi, il se rendit compte qu’elle était en fait plutôt jeune. Son attitude crispée et voûtée de tantôt, avec ses guenilles en guise de vêtements, lui avaient fait penser à une vieille femme. Cela dit, même endormie, ses traits n’étaient pas apaisés. Elle fronçait toujours les sourcils et avait une respiration saccadée. Après quelques instants, Kleïos se rendit compte qu’elle continuait à murmurer, de façon presque indistincte, des suites de paroles qu’il n’arrivait pas à comprendre. Il se pencha, et colla presque son oreille à ses lèvres. Il lui sembla entendre un mot, prononcé très lentement, et à plusieurs reprises : «Vents ». Il se concentra davantage. « Les… Vents… Lever… Vents… ». Il saisit trop de mots pour que ce soit un effet de son imagination. « Vous avez dit quelque chose ? » s’entendit-il demander. « Jeune femme ? Vous avez parlé ? Que dites-vous ? » Mais ses questions restèrent sans réponses. Kleïos commença à se poser lui-même la question. Pourquoi parle-t-elle des Vents ? En saurait-elle plus que nous ? Il fit les cent pas dans les dortoirs, ne pouvant plus maintenant détacher l’oreille du flux de murmures qui lui parvenait du lit. Dans sa tête, les mots de la jeune femme se répercutaient avec le hurlement du vent qui passait à travers la fenêtre. Un sentiment d’oppression l’envahit, mais il tâcha de garder son calme, ce n’étaient que des idées folles après tout. Cependant, il résolut de tenter quelque chose d’irrationnel. Il se rassit près du lit. Il pencha la tête vers la femme, et lui dit d’un ton bas à l’oreille : « Vous savez quelque chose sur les Vents ? »
Une violente douleur au nez le fit subitement basculer en arrière. Il porta la main à son visage et sentit une légère coulée de sang filtrer le long de son arête nasale. La femme s’était brusquement relevée et au passage, lui avait donné un coup de tête fulgurant. Lorsqu’il reprit ses esprits, il constata que la femme le fixait avec ses yeux tremblants. Ne quittant pas son regard, elle articula des mots saccadés, pendant lesquels une expression d’horreur se peignit sur son visage. « Aujourd’hui est la levée du Vent du Changement. Nous périrons pour avoir violé le serment ! Les Vents ébranleront le Monde. Larmes et malheurs sur le Monde ! Les Vents ébranleront le Trône impie ! » Elle sauta du lit et sauta à la gorge de Kleïos, qui comprit, contre tous les raisonnements logiques qu’il avait appris ici, à l’Abbaye, qu’il avait ici affaire à une véritable prédiction. « Les Vents se lèvent ! Les Vents se lèvent ! Il faut fuir ! » Elle commença à serrer le cou du moine de ses mains squelettiques. « Fuir ! Ils se lèvent ! Se relèvent ! » Kleïos commença à manquer de souffle. S’aidant de ses jambes et de ses mains, il exerça une pression sur le ventre de la femme, qui finalement lâcha le jeune homme, et tomba à la renverse sur le sol. Elle se releva et le pointa du doigt : « Fuir ! Voilà les Vents ! Les Temps sont sombres ! La Levée ! La Levée !!! ». En criant ces derniers mots, elle se mit à courir à travers la pièce, et finit par se jeter à travers la fenêtre, qui se brisa en de multiples morceaux de verre, et un cri perça la nuit tombante, celui de la femme qui tombait du Pic de la Baie Blanche.
Cherchant son souffle, les yeux exorbités de terreur, Frère Kleïos se releva péniblement. Titubant, sous la violence de l’attaque et sous le poids des paroles que la démente avait prononcées, il s’approcha de la fenêtre, par laquelle soufflait désormais allégrement le Vent d’Ouest. Les morceaux de verre craquaient sous sa botte. Il s’assit le long du mur, respirant l’air frais de la mer. L’ampleur de la prédiction à laquelle il avait assisté, seul, le terrassait. Le monde auquel il avait été habitué depuis son enfance était voué à la perte. Il tremblait de tous ses membres, persuadé, sans savoir comment, d’être désormais le seul dépositaire de l’avenir d’Elben. Il regarda à travers le trou béant de la salle de calcaire des dortoirs et envia presque le sort de la femme visionnaire, dont le corps désarticulé gisait désormais sur la plage, léché par les flots.

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